Joseph, 86 ans, est obligé de lutter pour défendre ses terres ! En cause : la carrière voisine qui ne cesse de s'agrandir ! Au fil des ans, sa maison est de plus en plus enclavée ! Mais le vieil homme résiste !
Seul au beau milieu de la carrière
DE BAST,ANNE-CATHERINE
Lundi 9 novembre 2009
Flémalle Joseph Ruwet, 86 ans, veut mourir dans sa ferme Il résiste encore et toujours à l'envahisseur, Joseph Ruwet. A 86 ans, il veut mourir chez lui, dans sa ferme d'Ivoz-Ramet, où il vit depuis 52 ans. Et tant pis si la carrière exploitée par Carmeuse grignote petit à petit les terres voisines, faisant de sa propriété une presqu'île au milieu de l'océan... Mais si, au fil des ans, la cohabitation s'est faite sans trop de mal, l'extension du site d'extraction commence à poser problème. « Carmeuse fait tout pour me faire partir, confie-t-il. Ils ont arraché mon beau chemin, alors qu'ils n'en avaient pas le droit ! Ils m'en ont fait un nouveau, mais il est moins carrossable. Et pour cela, ils m'ont volé 91 m2. Je ne me laisserai pas faire, je vais consulter un avocat... ».
Le vieil homme vit seul depuis 1992. Il se déplace difficilement, n'a ni télévision, ni journaux. Mais jamais il n'a accepté de quitter les lieux. Malgré le départ de ses quatre voisins, les propositions de rachat de sa propriété et l'érosion constante du paysage.
Aujourd'hui, Joseph Ruwet est seul avec les bulldozers. Et pour accéder chez lui, il faut circuler sur un chemin empierré d'environ 2 kilomètres à travers bois. Trajectoire récemment modifiée car la société compte exploiter le terrain situé au-dessus de la ferme. « Plus personne ne veut venir chez moi, insiste Joseph Ruwet. Le nouveau chemin est beaucoup plus long... Les infirmières et l'aide familiale n'aiment pas l'emprunter. Et en hiver, elles ne viendront plus du tout ! Car s'il y a de la neige, qui viendra les aider ? »
« Monsieur Ruwet est résistant ! On l'aime bien. »
En emménageant dans la ferme du Champ des oiseaux, en 1957, l'agriculteur n'imaginait pas qu'un jour l'exploitation jouxterait son terrain. « La carrière existait. Mais elle était au pont d'Engis. Les hommes cassaient encore les pierres à la main... » En 1989, la société a modifié l'accès à la propriété, qui se faisait par le Préhistosite de Ramioul, et a aménagé une route bitumée du côté du parcours Vita. A l'époque, tous étaient d'accord. « C'est un monsieur qu'on connaît fort bien, précise Monique Van Den Bulcke, directrice environnement et communication chez Carmeuse. On s'entend bien. Mais il prend de l'âge et se fâche parfois quand il ne comprend pas... C'est vrai, nous avons mordu sur son terrain pour aménager le terrain. Mais on ne savait pas faire autrement, et cela n'a rien d'illégal. Ce nouveau chemin est empierré et en bon état. On le couvrira de bitume après l'hiver. ».
L'entreprise devait aussi répondre à certaines contraintes imposées par la commune et la Division de la nature et des forêts.
Carmeuse a toujours voulu acquérir la propriété Ruwet, même si le permis d'exploitation ne la couvre pas. « Une procédure d'expropriation aurait pu être entamée, mais on a pris l'engagement de le laisser dans sa ferme aussi longtemps qu'il le souhaite. C'est vrai, on arrive aux limites de l'exploitation de ce côté-là, mais on a encore quelques années devant nous. Monsieur Ruwet est résistant ! On l'aime bien. On continue à être attentif à sa santé. »
A plusieurs reprises, la société et la commune lui ont proposé de le reloger, à leurs frais, de manière à être mieux encadré et profiter d'une vie sociale. Mais rien à faire, il veut rester chez lui.